Quand les missions spatiales participent à la recherche odontologique…

Les missions spatiales habitées ont vocation à se multiplier. De grands projets devraient ainsi voir le jour (notamment vers Mars !) mais soulèvent de nouvelles contraintes principalement d’ordre médical. Si le corps des astronautes est soumis à l’absence de gravité, qu’en est-il de la sphère bucco-dentaire ? Quelle sera la place de l’odontologie au cours de ces vols spatiaux ?

Depuis les premiers pas sur la Lune en 1969, en passant par l’essor des stations spatiales et jusqu’aux projets pharaoniques à destination de Mars, la conquête spatiale ne cesse d’évoluer. Si cet allongement des durées des missions est une réussite humaine, scientifique et technologique, il soulève néanmoins certaines questions concernant le risque accru de survenue de pathologies générales et dentaires, qui pourraient perturber la bonne marche de la mission en diminuant la performance de l’équipage. Des mesures préventives sont déjà mises en place notamment à travers des critères dentaires drastiques de sélection des astronautes et leur sensibilisation à l’importance de l’hygiène buccodentaire. Malgré tout, le risque zéro n’existant pas, la dentisterie aérospatiale permet aujourd’hui de former certains astronautes à la réalisation de gestes techniques dentaires simples grâce des équipements adaptés à la microgravité.

Des kits de salive envoyés dans l’espace
Comment pourrait se dérouler concrètement la gestion d’un incident bucco-dentaire lors d’un voyage vers Mars ? Des scientifiques américains vont tenter d’apporter des réponses à cette question grâce à une première expérience bucco-dentaire lancée début juin dans l’espace. Ce projet, parrainé par le laboratoire national américain de la station spatiale internationale et mené en collaboration avec la NASA et Colgate-Palmolive, a pour but de « déterminer comment l’apesanteur pourrait affecter la croissance et la réponse des bactéries buccales aux agents de traitements » existant sur Terre. Et ainsi mettre au point de nouveaux traitements, qui pourraient également fonctionner dans l’espace. Pour cette expérience, les ingénieurs de l’université du Nevada à Las Vegas ont créé de nouveaux dispositifs de pompe microfluidique imprimés en 3D qui fonctionnent automatiquement. Le 3 juin, ces dispositifs ont été envoyés à la station spatiale ISS dans 25 kits contenant la salive et les bactéries buccales de 30 patients de la clinique dentaire de l’université. Dans l’espace, les astronautes ont alors cultivé les bactéries buccales sur des microplaquettes d’hydroxyapatite de 5 mm dans des dispositifs de pompage à 37 °C. Soit la température typique du corps humain. Des appareils ont distribué en continu les nutriments liquides responsables de la croissance bactérienne.

Mesurer les effets de la microgravité sur les bactéries
« Il existe de nombreux produits d’hygiène bucco-dentaire formidables. Mais si vous pensez aux voyages spatiaux à long terme, il n’y a aucune garantie que les méthodes terrestres fonctionneront en apesanteur », a déclaré dans un communiqué de presse le professeur Jeffrey Ebersole, collaborateur du projet. « Cette expérience permet de repousser les limites de la compréhension de la manière dont on traite la santé bucco-dentaire – à la fois le maintien de soins bucco-dentaires de qualité et le traitement des maladies – dans l’espace ». Après une période de 2 mois, les chercheurs ont pu examiner les effets de l’environnement de microgravité sur les bactéries buccales et l’efficacité des agents antibactériens, présents dans les produits de santé buccale Colgate-Palmolive, dans les produits contre la métabolisation des nutriments et la formation de biofilms qui pourraient détruire les tissus gingivaux et l’émail des dents. Les données provenant des bactéries cultivées à bord de la station spatiale, ont ensuite été comparées aux données extraites sur la base de bactéries similaires cultivées sur Terre. Les résultats ne sont pas encore communiqués.

À terme, le but est d’essayer de mettre au point de nouveaux moyens pour lutter contre les maladies bucco-dentaires.

Peggy Cardin-Changizi

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