Maladie parodontale : un risque majoré chez la femme enceinte 

A cause des variations hormonales dues à la grossesse, les femmes enceintes sont davantage exposées aux maladies parodontales. Sans prise en charge rapide, les conséquences peuvent être graves pour l’enfant à naître. Un contrôle chez un dentiste est alors fortement recommandé.

Pour rappel, les maladies parodontales sont des maladies qui résultent d’infections multifactorielles et polymicrobiennes du parodonte superficiel voire du parodonte profond et qui touchent l’ensemble des tissus de soutien de la dent : la gencive, l’os alvéolaire, le cément et le ligament desmodontal.

Au cours de la grossesse, les nombreux changements hormonaux, notamment au niveau des hormones sexuelles stéroïdiennes (œstrogènes et progestérones), exposent la femme enceinte à un risque plus important de développer cette pathologie. En effet, pendant cette période, on observe une baisse du ph buccal normalement aux alentours de 6,70, allant jusqu’à 6,20 en fin de grossesse. Cette diminution du ph buccal entraine un terrain plus favorable à la prolifération des bactéries. De plus la muqueuse buccale est constituée, comme la muqueuse vaginale, d’un épithélium pavimenteux stratifié sensible aux variations hormonales.

Des facteurs de risque
Parallèlement, des facteurs de risque ont été remontés et classés pour proposer un score de risque de maladies parodontales à visée de dépistage en consultation prénatale. Parmi eux : un âge supérieur à 35 ans, un IMC supérieur à 30, un antécédent familial de maladie parodontale, une infection au VIH, une infection à l’herpès, une anémie, un diabète de type 1 ou de type 2 ou la consommation de substance toxique (alcool, tabac). La fréquence, le temps ou le type de brossage peuvent aussi avoir un rôle.

Un risque pour le fœtus.
De récentes études ont démontré que la maladie parodontale pouvait avoir des conséquences importantes sur la santé de la femme, la grossesse et le développement du fœtus. Les résultats ont rapporté une augmentation significative de complications, telles que :
· une augmentation des menaces d’accouchement prématuré,
· une augmentation des retards de croissance intra-utérins, avec des faibles poids de naissance,
· une augmentation du risque de survenue d’une prééclampsie.

Une prise en charge rapide
Il est donc primordial de freiner la progression de la maladie parodontale. Malgré une certaine appréhension à se faire traiter pendant leur grossesse, les femmes enceintes ne doivent pas négliger ces risques qui peuvent avoir des répercussions prénatales et postnatales. La Classification Commune des Actes Médicaux (CCAM) d’une consultation de prévention bucco-dentaire pendant la grossesse a été mise en œuvre le 1er juin 2014. Cette consultation de dépistage chez un dentiste est remboursée à 100% par la sécurité sociale à partir du 4ème mois de grossesse jusqu’au 12ème jour après l’accouchement. L’occasion pour le dentiste d’évaluer l’état exact des gencives et des os de la mâchoire afin de poser un diagnostic précis. Le détartrage et le surfaçage radiculaire peuvent être recommandés afin d’éliminer les toxines bactériennes des poches parodontales. De plus, les risques de maladies parodontales peuvent être réduits avec des soins buccodentaires appropriés, la désaccoutumance au tabac, des changements alimentaires et l’ingestion de suppléments vitaminiques.

Traitements médicamenteux
Si besoin, des traitements bucco-dentaires sont possibles pendant la grossesse, avec l’usage de molécules connues aux doses minimales efficaces, qui ont démontré leur innocuité vis-à-vis du développement du fœtus. Les praticiens peuvent se référer au CRAT (Centre de référence des agents tératogènes) avant toute prescription pour vérifier qu’il n’y a pas de contre-indication pendant la grossesse. Concernant l’usage des antibiotiques : la prescription de Pénicilline, voire d’Erythromycine en cas d’allergie, sont possibles. L’usage d’antifongiques comme la Nystatine ou l’Amphotericine, ne sont pas contre-indiqués pendant la grossesse. Une prescription d’antalgiques comme le paracétamol à faible dose efficace est possible, en première intention. Les antiseptiques locaux notamment la Chlorhexidine, sont également autorisés. En ce qui concerne les anesthésies locales pour les soins dentaires, la Lidocaïne peut être utilisée aux doses habituelles. Si des radiographies sont indiquées, il faudra rester vigilant à la radioprotection de la femme enceinte.

Peggy Cardin-Changizi

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