Comment améliorer l’accessibilité des personnes handicapées aux soins dentaires ?

Selon de nombreuses études, le principal obstacle à la prise en charge bucco-dentaire des personnes en situation de handicap reste l’accessibilité des lieux de soins : tant au niveau de l’accessibilité physique (pour les personnes en fauteuils notamment), que des difficultés de coopération et de communication. Face à ce constat, Dentelia et Rhapsod’if ont scellé un partenariat afin de mutualiser les compétences des praticiens partenaires et éviter ainsi toute rupture dans le parcours de soin.

Les chiffres rapportés par l’Union Française pour la Santé Bucco-dentaire (UFSBD), sont inquiétants : 90% des personnes en situation de handicap ont des problèmes de gencives contre 35% dans la population générale et le risque de développer une carie est 4 fois plus important lorsqu’il s’agit d’un enfant handicapé. Près d’un demi-million de personnes en situation de handicap n’auraient pas suffisamment accès, voire pas du tout à des soins bucco-dentaires ! Or, comme le rappelle Romain Rousseaux, coordinateur de l’association Rhapsod’if (Réseau Handicap Prévention et Soins Odontologiques D’Ile de France) : « une mauvaise santé bucco-dentaire peut avoir un impact majeur sur la santé générale et la qualité de vie du patient ».

Faciliter les rencontres

Dans le cas de personnes en situation de handicap, plusieurs facteurs rendent difficile la recherche de solutions de soins dentaire adaptées aux difficultés de mobilité, de communication et/ou de coopération ». Il faut également reconnaître l’appréhension et les difficultés que certains praticiens peuvent éprouver. Rhapsod’if facilite ces rencontres, aussi bien pour les chirurgiens-dentistes que pour les patients porteurs de handicap. « Face à une personne handicapée, il faut s’adapter, modifier nos positions de travail, ajuster notre emploi du temps, prendre plus de temps au départ…, confirme le Dr Hélène Buraschi, chirurgien-dentiste à Paris et membre de l’association. Il y a aussi une peur du handicap, et de l’inconnu qui peut nous empêcher de nous lancer au départ. Par ailleurs, peu de dentistes veulent soigner les patients porteurs de handicap alors qu’ils sont très sujets aux problèmes bucco-dentaires. Du coup, ils sont souvent adressés à l’hôpital où les délais sont longs, les places comptées et l’accessibilité compliquée ».

Formation des chirurgiens-dentistes

Crée en 2008 par des chirurgiens-dentistes, des directeurs d’établissements médico-sociaux, des parents et des représentants du milieu associatif, le réseau Rhapsod’if, membre de l’association nationale « Santé Orale, Soins Spécifiques », œuvre à réduire les inégalités et les difficultés en matière de santé et d’accès aux soins bucco-dentaires pour les franciliens en situation de handicap. Pour cela, la structure mène des actions de prévention dans les établissements sanitaires et médicaux-sociaux et forme les chirurgiens-dentistes aux spécificités de la prise en charge des personnes en situation de handicap. La cellule de coordination « soins » permet de recenser et répondre aux besoins en santé orale des porteurs de handicap en Ile de France, en les orientant vers un choix de solutions partenaires adaptées à chaque situation, tout en respectant les spécificités de chaque chirurgien-dentiste du réseau (près de 150 en Île-de-France). « L’association s’adapte à nous en fonction du nombre de patients handicapés que l’on est prêt à recevoir, explique la dentiste. Rhapsod’if propose aux chirurgiens-dentistes des formations, notamment en partenariat avec Air Liquide (meopa). J’ai pu soigner pas mal des patients porteurs de handicap et c’est généralement une grande satisfaction, une fois leur confiance gagnée. Cela permet de vivre de nouvelles expériences et de donner du sens à son exercice tout en répondant à un besoin de santé publique ».

Des séances blanches « sans acte »

Afin de faciliter l’habituation aux soins dentaires pour les patients en situation de handicap, Rhapsod’if propose à ses chirurgiens-dentistes partenaires des indemnités compensatrices de perte de revenu pour les premières consultations blanches (sans soins). « Les premières séances sont parfois complexes et les soins pas toujours possibles, constate la praticienne. Rhapsod’if nous permet une rémunération sur les deux premières séances sans réalisation de soins. Ces consultations « d’habituation » sont parfois fondamentales dans la prise en charge ». A l’issue de la prise en charge, le chirurgien-dentiste adresse les justificatifs de soins à la cellule de coordination de Rhapsod’if qui se charge du versement des compensations.

Aujourd’hui, le réseau Rhapsod’if, soutenu dans son action par l’ARS et les conseils de l’ordre nationaux, régionaux et départementaux, souhaite fédérer de nouveaux chirurgiens-dentistes autour d’un objectif : faciliter la prise en charge des patients en situation de handicap.

« L’ARS Ile-de-France veillera, en apportant une attention particulière à la réduction des inégalités sociales et territoriales de santé, à répondre à plusieurs enjeux en santé « Bucco-Dentaire » tels que l’intégration à tous les niveaux du parcours de soins notamment pour les public vulnérables, au développement d’initiatives innovantes permettant une offre de soins pertinente et accessible (favoriser le réseau Rhapsod’if et les dispositifs intégrant les nouvelles technologies) ou encore le développement de l’organisation des soins odontologiques tournés vers une coopération Ville-Hôpital. », conclut l’agence régionale de santé Ile-de-France.

 

Peggy Cardin-Changizi

Une réponse à “Comment améliorer l’accessibilité des personnes handicapées aux soins dentaires ?

  • Merci pour cet article car le parcours de soins dentaires pour les personnes en situation de handicap est un véritable parcours du combattant comme par exemples les personnes autistes, d’ailleurs beaucoup de familles ignorent l’existence de consultations dédiées.
    En espérant que cela se développe encore et encore, notre association est sensible à la santé et au parcours de soins.Nous espérons d’ailleurs trouver des financements pour équiper certaines consultations en casques virtuels.

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